Confidence

La genèse de « Je suis une poupée gigogne — tome 1 »

Comment m’est venu l’envie ou le besoin d’écrire ce récit autobiographique?

Au départ, en 2013, je n’avais pas l’intention d’écrire un livre. Ma participation à un “atelier narratif” m’a donné envie de raconter mon parcours transitionnel. Quelques textes sont nés ainsi sans but précis. À l’époque, j’avais juste le besoin de m’extérioriser, de dépasser par le langage des blocages, d’exorciser des angoisses. Bref, j’effectuais un travail cathartique.

Puis, j’ai participé à un site dédié aux transgenres et rédigé des tribunes sur différents thèmes : la violence, le jugement, la souffrance, le temps, le coming-out professionnel, le regard des hommes. J’y publiais aussi de nombreux poèmes que j’ai depuis rassemblés dans un recueil intitulé : “Un papillon dans la tête”.

Lorsque je terminais ma transition en septembre 2015 et que je reprenais une activité professionnelle, j’ai souhaité tourner la page, passer à autre chose, construire cette vie nouvelle que j’avais tant espérée. Comme souvent chez moi, cette volonté s’est traduite par un acte radical. J’ai jeté tous mes écrits à la poubelle, y compris ceux d’avant ma transformation.

Un an s’est passé au cours duquel j’ai savouré une existence enfin accomplie et heureuse. Puis à la fin de l’année 2016, j’ai découvert une plate-forme d’écriture. Cela m’a redonné le goût de l’écriture. J’ai publié quelques poèmes qui immédiatement ont reçu des avis positifs. M’est venue alors l’idée de revenir sur les textes que j’avais écrits 3 ans plus tôt. Heureusement, je n’avais pas vidé la poubelle de mon ordinateur. Sans doute avais-je le désir inconscient de ne pas complètement tourner la page. J’ai publié ces premiers textes et tout de suite plusieurs personnes m’ont encouragé à poursuivre. Emma Darmainvillers, la préfacière de mon livre est l’une d’entre elles. Je lui dois énormément de reconnaissance. Sans elle, je n’aurais sans doute pas mené à bien ce livre. Un an d’écriture acharnée, car j’ai dû effectuer un travail de remémoration et de contextualisation.

Ensuite, j’ai découvert Monbestseller et j’ai mis mon travail en ligne. Là encore, j’ai reçu beaucoup de commentaires très positifs. J’ai alors noué des liens de solidarité et d’amitié très forts, notamment avec Michel Canal. Lui aussi a été d’une aide précieuse pour corriger, remettre en forme et finaliser mon récit.

Qu’elles ont été mes motivations pour l’écriture de ce récit?

L’impulsion essentielle de ce livre a été la volonté d’effectuer ce travail de réappropriation par l’écriture de ma propre histoire, la mise en perspective de moments très pénibles de ma vie. Mais, si cela n’avait été que cela, je crois que cela aurait donné naissance à un livre médiocre ou anecdotique, sans grand intérêt, car trop autocentré sur ma petite personne. Bien vite, au cours de sa rédaction, je me suis rendu compte de la nécessité d’élargir mon propos, de donner à ce récit une portée universelle, d’écrire bien plus qu’une autobiographie : une œuvre littéraire. J’ai veillé au style, aux règles de la syntaxe, de la grammaire et de la typographie. Ensuite, j’y ai abordé des questions essentielles : le sort réservé aux transidentitaires et la nécessaire reconnaissance de leurs droits à vivre leur genre en toute liberté ; la condition de la femme dans une société encore marquée par le patriarcat et une morale judéo-chrétienne dépassée ; la famille et tous ces non-dits qui trop souvent empoisonnent les relations interpersonnelles ; la normalité, l’éducation. Je pourrais en citer encore d’autres, car mon parcours m’a conduite à m’interroger en profondeur sur des notions essentielles de la vie en société et à partager mes réflexions avec le lecteur.

Dans ce récit, sont aussi présents l’humour et des passages plus légers.

Je ne voulais pas, dans un premier temps, lasser le lecteur et lui permettre de respirer. Mais, plus profondément, je voulais aussi donner une image positive de la transidentité. J’ai lu beaucoup de livres sur ce thème et qui sont trop marqués par la souffrance et le désespoir. Certes, nous ne devons pas taire ces aspects. En parler ouvertement sans faux-semblant s’avère indispensable. J’ai souhaité aussi évoquer les moments de bonheur et les situations plus cocasses. L’autodérision est un moyen efficace de dépasser ses souffrances et ces moments difficiles. Tout n’est pas noir et dramatique. Je voulais aussi donner de l’espoir en racontant une transition réussie. Certes, j’ai beaucoup souffert, j’ai affronté des épreuves que je ne souhaite à personne. Je me suis heurtée à la violence, à la bêtise, à l’ignorance, l’indifférence. Mais, j’ai aussi rencontré une grande richesse humaine, l’amitié et surtout l’amour. C’est indéniablement lui qui m’a sauvé et permis de m’accomplir pleinement.

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