{"id":446,"date":"2021-03-22T06:50:07","date_gmt":"2021-03-22T05:50:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/?p=446"},"modified":"2025-12-25T16:16:27","modified_gmt":"2025-12-25T15:16:27","slug":"langoisse-de-la-page-blanche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/2021\/03\/22\/langoisse-de-la-page-blanche\/","title":{"rendered":"L&rsquo;angoisse de la page blanche"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une amie a publi\u00e9, sur un c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9seau social, la d\u00e9claration suivante&nbsp;: \u00ab\u2009J\u2019ai envie d\u2019\u00e9crire une petite histoire, mais les mots ne viennent pas\u2009\u00bb. Cette petite phrase \u00e0 premi\u00e8re vue anodine est d\u2019une grande importance, car elle interroge notre rapport \u00e0 l\u2019\u00e9crit. On pourrait se demander ainsi&nbsp;: puisque cette amie a \u00ab\u2009dans la t\u00eate\u2009\u00bb une petite histoire pour quelle raison ne la traduit-elle pas imm\u00e9diatement en texte, en phases, en mots. Autrement dit&nbsp;: qu\u2019est-ce qui emp\u00eache les mots de lui venir\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il m\u2019est arriv\u00e9 aussi fr\u00e9quemment de rester improductive devant mon \u00e9cran d\u2019ordinateur et j\u2019ai tent\u00e9 d\u2019analyser ce ph\u00e9nom\u00e8ne bien connu de \u00ab\u2009l\u2019angoisse de la page blanche\u2009\u00bb. Dans cette expression, il y a \u00ab\u2009angoisse\u2009\u00bb. Serait-ce donc l\u2019angoisse qui nous paralyserait devant la t\u00e2che \u00e0 accomplir. Quelle serait la raison de cette peur\u2009? En d\u2019autres termes&nbsp;: de quoi avons-nous peur\u2009? Que symbolise cette association de mots&nbsp;: l\u2019absence totale d\u2019inspiration, le trou noir ou blanc, le vide, la mort. La page blanche c\u2019est la mort symbolique de l\u2019\u00e9crivain. Sans le noir des mots sur la page blanche, l\u2019auteur ne produit plus donc n\u2019existe plus. L\u2019angoisse de la page blanche, serait-elle donc la peur de la non-existence, de la mort de l\u2019\u00e9crit qui signifierait pour l\u2019\u00e9crivain sa disparition pour les lecteurs\u2009? Certes oui, car l\u2019\u00e9crivain n\u2019existe que parce qu\u2019il est lu et achet\u00e9, mais ce n\u2019est que la cons\u00e9quence de l\u2019\u00ab\u2009angoisse de la page blanche\u2009\u00bb et cela ne dit rien sur ses causes profondes. Car ce d\u00e9sarroi, cette impossibilit\u00e9 de traduire en mot une pens\u00e9e, une image ou une histoire comme le soulignait cette amie va bien au-del\u00e0 de cette peur. Elle peut saisir chacun d\u2019entre nous face \u00e0 l\u2019\u00e9crit, quels que soient l\u2019intention et le statut de cet \u00e9crit. On peut \u00e9crire uniquement pour soi (un journal intime)\u2009; \u00e9crire pour quelqu\u2019un (une lettre ou un mail)\u2009; \u00e9crire pour un cercle d\u2019amis ou pour un plus grand nombre de personnes (un po\u00e8me\u2009; un r\u00e9cit, une nouvelle, un roman, un essai ou toute autre production litt\u00e9raire, journalistique ou scientifique.). Quel que soit ce que l\u2019on \u00e9crit, on peut \u00eatre saisi par cette impossibilit\u00e9 de trouver les mots pour traduire une id\u00e9e, raconter une histoire ou simplement s\u2019adresser \u00e0 quelqu\u2019un. \u00ab\u2009Je ne trouve pas mes mots\u2009\u00bb est une expression bien connue et qui traduit cette difficult\u00e9 \u00e0 exprimer. Tout en \u00e9crivant ces mots, je suis moi-m\u00eame assaillie par cette sensation parce que j\u2019ai peur de ne pas trouver mes mots, de ne pas r\u00e9ussir \u00e0 exprimer le plus justement possible ce que j\u2019ai dans la t\u00eate.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque j\u2019\u00e9cris ou que je tente de le faire, je suis face \u00e0 moi-m\u00eame, mes f\u00ealures, mes blessures, mon histoire et aussi mon \u00e9tat psychologique et physique. Cette confrontation est parfois \u00e9prouvante, car \u00e9crire est une \u00e9preuve solitaire, une course de fond. Il m\u2019arrive ainsi de devoir reprendre ma respiration, faire une pause, car je suis \u00e9puis\u00e9e. Mon esprit autant que mon corps me crient stop. J\u2019\u00e9prouve alors une grande frustration de laisser ma page inachev\u00e9e. J\u2019ai peur du vide. J\u2019ai peur de perdre mon histoire ou la magie, l\u2019alchimie de l\u2019inspiration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9criture contient en soi sa finitude, notre finitude. J\u2019\u00e9cris pour l\u2019autre, pour les autres pour laisser quelque chose, une trace, une empreinte lorsque je ne serai plus l\u00e0, lorsque je serai morte. Ne pas pouvoir traduire sur le papier, ce petit morceau d\u2019\u00e9ternit\u00e9 me renvoie \u00e0 ma condition de mortelle. En voulant durer par l\u2019\u00e9crit, je mets en m\u00eame temps le doigt sur l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de ma fin. L\u2019\u00e9criture est \u00e9ternit\u00e9, mais aussi mort, la mienne, la n\u00f4tre. Regarder cela en face n\u2019est pas toujours \u00e9vident.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cette amie, j\u2019ai conseill\u00e9 deux moyens de sortir de cette difficult\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme elle avait cette histoire dans la t\u00eate, je lui ai propos\u00e9 de se la raconter \u00e0 elle-m\u00eame dans sa t\u00eate et ensuite de l\u2019\u00e9crire comme elle l\u2019avait pens\u00e9. Car l\u2019\u00e9criture est d\u2019abord un r\u00e9cit que l\u2019on se fait \u00e0 soi-m\u00eame, sans l\u2019\u00e9crire. Pour ma part, je n\u2019\u00e9cris pas tout le temps. En revanche, je pense tr\u00e8s souvent \u00e0 mon histoire, ses p\u00e9rip\u00e9ties, mes personnages. Beaucoup pensent que, pour construire un roman ou une histoire, il faut forc\u00e9ment l\u2019\u00e9crire, tout de suite, y passer des heures et des heures. Cela ne fonctionne pas toujours comme cela. Il est souvent n\u00e9cessaire de ne pas \u00e9crire, de dormir. J\u2019\u00e9cris beaucoup mieux apr\u00e8s plusieurs jours, plusieurs semaines, apr\u00e8s de longues p\u00e9riodes de sommeils pendant lesquels mon esprit remet ses id\u00e9es en place, les organise.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9crire une histoire comme on l\u2019a pens\u00e9e, cela peut \u00eatre aussi, s\u2019octroyer la libert\u00e9 de mal \u00e9crire. L\u2019\u00e9criture est libert\u00e9 ou n\u2019est pas. On a peur de la page blanche parce que souvent la page est un ennemi, qui synth\u00e9tiserait toutes nos frustrations, nos traumatismes li\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cole, \u00e0 l\u2019apprentissage de la lecture, de l\u2019\u00e9criture, des savoirs. \u00c9crire cela signifie&nbsp;: s\u2019octroyer la libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire mal, car peut na\u00eetre de cette imperfection, un style, une modernit\u00e9, une nouvelle fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire, un nouveau roman. Je revendique pour ma part la libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire comme on le veut, de se lib\u00e9rer des conventions, des pesanteurs, des carcans qui paralysent les plumes et emp\u00eachent certaines personnes de s\u2019exprimer. Finalement, l\u2019angoisse de la page blanche est une chance. Une \u00e9nergie qui ne demande qu\u2019\u00e0 s\u2019\u00e9panouir, la pr\u00e9misse d\u2019une r\u00e9surgence, d\u2019une exhumation de quelque chose que l\u2019on avait d\u00e9j\u00e0 en soi, mais que l\u2019on emp\u00eachait. Je crois beaucoup aux vertus de l\u2019\u00e9criture automatique et je l\u2019ai beaucoup pratiqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fa\u00e7on de d\u00e9passer cette angoisse, c\u2019est aussi faire preuve de bienveillance et d\u2019humilit\u00e9.&nbsp;&nbsp; Nous sommes les premiers juges de notre production. Mes premiers jets sont rarement de bonnes factures. C\u2019est souvent inabouti. Mais, qu\u2019importe\u2009! Notre \u00e9criture est un miroir. Ce que nous voyons n\u2019est pas ce qui est, mais la fa\u00e7on dont nous le voyons. Il est n\u00e9cessaire de s\u2019en d\u00e9tacher pour mieux l\u2019appr\u00e9cier, ne tomber ni dans la d\u00e9testation ni dans l\u2019adoration qui sont les deux m\u00eames faces de l\u2019aveuglement. L\u2019angoisse de la page blanche peut \u00eatre ainsi vue comme quelque chose de salutaire. Je me m\u00e9fie de trop d\u2019enthousiasme, de trop de ferveur, de fi\u00e8vre, car cela entra\u00eene parfois une vision d\u00e9form\u00e9e de sa propre production, une adoration injustifi\u00e9e. \u00c9crire c\u2019est aussi jeter, beaucoup jeter. Il ne faut pas avoir peur du vide de la page blanche. Dans le vide, il y a toujours quelque chose en gestation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;Je dirais en conclusion que la page blanche n\u2019est pas une ennemie, mais une alli\u00e9e de notre inspiration, une promesse, une \u0153uvre en devenir. Elle symbolise, \u00e0 elle seule, la libert\u00e9 de cr\u00e9er\u2009!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il m\u2019est arriv\u00e9 aussi fr\u00e9quemment de rester improductive devant mon \u00e9cran d\u2019ordinateur et j\u2019ai tent\u00e9 d\u2019analyser ce ph\u00e9nom\u00e8ne bien connu de \u00ab\u2009l\u2019angoisse de la page blanche\u2009\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":447,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[75],"class_list":["post-446","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-confidence","tag-secrets-decrivain"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/446","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=446"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/446\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":462,"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/446\/revisions\/462"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media\/447"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=446"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=446"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.lesuniversdarmonia.fr\/WP\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=446"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}